FAFCE

Fédération des Associations Familiales Catholiques.

Le synode des évêques sur la famille

par Fr. Jean-Yves Brachet, o.p.

 

Qui n'a pas entendu parler du récent synode sur la famille? La presse et les différents médias en ont parlé et cela est plutôt réconfortant: les prises de position de l'Eglise ne laissent pas indifférent. L'Eglise n'est pas là pour faire plaisir, mais pour faire des disciples (par attraction et non par prosélytisme dit le pape dans l'exhortation «La joie de l'Evangile») et baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Certaines prises de position – ou du moins ce que les medias en ont dit – ont pu susciter des interrogations et des perplexités. Que faut-il penser? Et tout d'abord qu'est-ce qu'un synode? Et qu'est-ce qu'un synode n'est pas?

«Le Synode des Évêques est une institution permanente établie par le Pape Paul VI, le 15 septembre 1965, en réponse au désir exprimé par les Pères du Concile Vatican II de maintenir vivant l'esprit de collégialité engendré par l'expérience conciliaire. À proprement parler, le mot «synode» – qui vient de deux mots grecs: «syn» qui signifie «ensemble», et «hodos», «chemin» – veut dire «marcher ensemble». Un Synode est une assemblée de caractère religieux dans laquelle des évêques réunis autour du Saint-Père, peuvent dialoguer entre eux et partager informations et expériences, dans la commune recherche de solutions pastorales universellement valables et applicables dans l'Église. D'une manière générale, on peut définir le Synode comme une assemblée d'évêques représentant le Corps épiscopal de l’Église catholique dont la tâche est d'aider le Pape, en vertu de ses fonctions d’Évêque de Rome et de Tête du Collège épiscopal, dans le gouvernement de l'Église universelle en lui apportant leurs conseils. Le Pape Jean-Paul II a évoqué le Synode comme «une expression et un instrument particulièrement fécond de la collégialité des évêques».»

 

Un dialogue a lieu au plus niveau dans l'Eglise. Qui pourrait s'en plaindre? Le pape François avait d'ailleurs invité les évêques à s'exprimer très librement. Faudrait-il s'étonner qu'ils l'aient fait? Dans son discours pour la clôture de la session du synode, le pape lui-même le dit: «Personnellement, je me serais beaucoup inquiété et attristé s’il n’y avait pas eu (...) ces discussions animées; ce mouvement des esprits, comme l’appelait  saint Ignace (EE, 6) si tout le monde avait été d’accord ou taciturne dans une paix fausse et quiétiste.» Dès le début il invitait d'ailleurs les pères à «parler clair»: «Il faut dire tout ce que, dans le Seigneur, on se sent de devoir dire : sans craindre le jugement humain, sans lâcheté. Et, dans le même temps, il faut écouter avec humilité et accueillir le cœur ouvert ce que disent les frères. C’est avec ces deux attitudes que s’exerce la synodalité.» Le pape prenait alors bien soin de préciser dans les phrases suivantes qu'il restait le garant de l'unité.

 

Il s'agit de rechercher ensemble des solutions pastorales universellement valables et applicables. Là encore le récent synode est très clair: il porte sur «les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation.» Cela veut également dire qu'il n'y est pas question de changements doctrinaux. Soyons clair: il peut y avoir une évolution dans l'enseignement de l'Eglise mais pas de changement radical. Saint Vincent de Lérins l'exprimait ainsi au Vème siècle: «Que croissent et que progressent largement l'intelligence, la science, la sagesse, tant celle des individus que celle de la collectivité, tant celle d'un seul homme que celle de l'Eglise tout entière, selon les âges et selon les générations! – mais à condition que ce soit exactement selon leur nature particulièrement, c'est-à-dire dans le même dogme, dans le même sens, et dans la même pensée.»[1]  Autrement dit, un pommier développe ce qui est contenu à l'origine dans les pépins mis en terre et qu'on avait peut-être du mal à percevoir, mais si on plante des pépins de pomme dans la terre, il est absolument vain d'espérer voir pousser un poirier! Les déceptions seront ainsi à la hauteur des fausses espérances et des mauvaises compréhensions de la nature de l'Eglise.

 

Enfin, le synode est là pour aider le pape. Ce n'est pas une instance décisionnelle. Dégager des tendances majoritaires peut être intéressant, mais on ne peut en tirer légitimement aucune conclusion de l'ordre du gouvernement. Les propositions des évêques ne prennent un caractère collégial décisif que si elle sont acceptées et reprises par le pape: «Par l’acceptation de la part du Saint-Père des avis ou des décisions d’une Assemblée donnée, l’épiscopat exerce une activité collégiale qui s’approche mais ne s’identifie pas à celle d’un Concile œcuménique. Ceci est le résultat immédiat de divers facteurs : la garantie d’une représentation de tout l’épiscopat, la convocation par le Saint-Père et « l’unité de l’épiscopat [qui], pour que celui-ci soit un, [exige…] qu’il y ait un Chef du Collège »[2] , qui est le premier dans l’ordre épiscopal.»

 

Le synode est donc une assemblée consultative composée d'évêque du monde entier que le pape réunit lorsqu'il le juge nécessaire pour l'aider dans les décisions pastorales.

 

Il est regrettable que les medias se soient focalisés sur la question des unions homosexuelles et celle du non-accès à la communion des personnes divorcées «remariées» (pour l'Eglise catholique, le remariage n'est possible qu'après la mort du conjoint). Les défis ne se ramènent pas à ces deux questions! Le premier défi est celui de l'évangélisation. Il s'agit ensuite de réfléchir sur la place de la famille dans cette évangélisation.

 

Il est également regrettable que des discussions d'ordre technique entre experts aient pu être exposées au grand jour sans un minimum de précautions, non par volonté de cacher quoi que ce soit, mais par souci de donner les clés de lecture. Ainsi, s'il n'est pas question de revenir sur l'indissolubilité du mariage, il est toujours possible de mieux comprendre les raisons du non-accès à la communion des personnes divorcées-«remariées» et il importe de chercher comment accueillir les personnes qui se trouvent dans cette situation! Comment? Voilà précisément l'un des défis pastoraux pastoraux posés, sur lesquels les participants au synode sont appelés à réfléchir.

 

Il aurait sans doute été bienvenu de rappeler qu'un vrai dialogue ne peut s'établir que sur une base commune: le depositum fidei (le dépôt de la foi). Sans fondement commun tout dialogue est condamné d'avance à devenir un dialogue de sourds.

 

Le récent synode n'est que le premier volet d'une réflexion qui en comportera deux. L'intention de ce synode est exprimée dans le titre: «Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation.» Des questions pastorales se posent et il importe de réfléchir. Le pape souhaite que des évêques du monde entier soient associés à cette réflexion. Il y a tout lieu de s'en réjouir. Les questions pastorales sont bien plus larges que celles généralement retenus pas les medias, en fonction de l'actualité. Cette réflexion est nécessaire si l'on veut continuer d'évangéilser, en se rappelant qu'il s'agit bien d'évangéliser le monde et non de mondaniser l'évangile et l'Eglise.

 

Réjouissons-nous que les pasteurs réfléchissent sur ces questions et prions pour eux, gardant à l'esprit que le Saint Esprit conduit l'Eglise: «Beaucoup de commentateurs, dit le pape dans le discours de clôture, ou des gens qui parlent, ont imaginé voir une Eglise en litige où une partie s’oppose à  l’autre, en allant même jusqu’à douter de l’Esprit Saint, le vrai promoteur et garant de l’unité et de l’harmonie dans l’Eglise. L’Esprit Saint qui tout au long de l’histoire a toujours conduit  la barque, à travers ses ministres, même lorsque la mer était contraire et agitée et les ministres infidèles et pécheurs.» Redonnons à ce regard surnaturel la place qui lui revient: la première!

 

Quels sont donc les défis? La relation du synode comporte trois parties: le contexte et les défis, le regard sur le Christ et l'évangile de la famille, les perspectives pastorales. Ce dernier point donnent les différents aspects à développer selon les pères du synode: l'annonce de l'évangile de la famille, la préparation au mariage, l'accompagnement des premières années de vie conjugale, l'accompagnement de ceux qui sont mariés civilement ou vivent ensemble, le soin des familles blessées, l'attention pastorale à l'égard des personnes ayant une orientation homosexuelle, la transmission de la vie et le défi de la dénatalité, le défi de l'éducation et le rôle de la famille dans l'évangélisation. On remarquera la formulation positive des défis: il ne s'agit pas tant de répondre à des problèmes – on se condamnerait ainsi à avoir toujours un train de retard – que d'aider à percevoir et à vivre la vérité et la beauté de la vie familiale. Il importe en effet de ne pas se laisser prendre par les difficultés – réelles – mais de souligner la beauté – tout aussi réelle, et peut-être même encore plus – du mariage et de la famille, vraie voie de sanctification, «école d'humanité» (Gaudium et Spes, 52, repris dans la relation finale).

 

Les pères du synode concluent leur relation en rappelant que le Saint Père a invité «au courage de la foi et à l'acceptation humble et honnête de la vérité dans la charité.» La vérité sans la charité est insupportable, la charité sans la vérité est une illusion. Ce défi vaut pour tous.

 


 

[1] Commonitorium, 23

 

[2] Jean-Paul II, Pastores gregis, 56

 

 

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